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Low Tech & Sobriete Numerique : vers un changement nécessaire des usages ?

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Cette note de veille dédiée au sujet des Low Tech a été volontairement “allégée” (noir & blanc / compression -du peu- d’images) afin de minimiser l’empreinte numérique.


 

Dans le cadre de notre service de veille, Unitec vous propose régulièrement des ensembles d’articles thématiques pour décrypter les grands sujets de l’innovation. Cet article rédigé par Maël Le Borgne, Start-up Manager chez Unitec, est dédié aux Low Tech et à la sobriété numérique : deux sujets importants pour l’avenir de la tech.

 

J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine“.

Cette phrase a été entendue de la bouche du Président lors d’un moratoire sur la 5G en septembre dernier.

 

Cette phrase illustre assez bien l’opposition que l’on retrouve souvent entre technologie et écologie. Avec dans l’idée que la technologie rime forcément avec numérique et que s’en passer c’est retourner à l’âge de pierre. Pourquoi n’y aurait-il pas un entre deux ? Il serait de fait illusoire de s’imaginer retourner dans le noir dans une logique écologiste, mais ne pourrait-on pas repenser certains usages et besoins dans une logique de sobriété numérique quand ces derniers ne sont pas nécessaires ?

Certains en sont en tout cas persuadés et tentent aujourd’hui de repenser certains objets, certaines technologies en revoyant leur processus de fabrication, en tentant de faire mieux avec moins de complexité, de matériaux.

On parle ici d’un ensemble de technologies dites utiles, durables et accessibles : les low-tech.

C’est quoi les Low Tech ?

Selon Philippe Bihouix, auteur de l’ouvrage “L’âge des low-tech : vers une civilisation techniquement soutenable”, on ne peut pas vraiment encore parler de mouvement, mais plutôt de démarche. Il n’en est pas moins que de nombreuses initiatives voient le jour, même si elles ont encore du mal à se présenter unies sous une seule et même bannière. Sans être une révolution, elles sont surtout une porte d’entrée ou une réflexion sur une alternative systémique au tout numérique.

Il n’existe pas de définition claire et limitée des low-tech, ce terme recouvre un ensemble de techniques simples, pratiques, économiques. Il se définit par opposition à la haute-technologie, qui sollicite l’innovation scientifique et technique pour répondre à des demandes qui ne sont pas toujours de l’ordre du besoin et de fait se heurtant aux logiques d’obsolescence programmée.

Néanmoins, un consensus semble s’établir sur la qualité de ces technologies :

–        Ces dernières doivent être robustes et réparables.

–        Leurs coûts et leur complexité sont relativement limités ce qui leur permet de les rendre accessibles.

–        Leur impact doit être le plus écologique et social possible.

Souvent, les concepteurs de low-tech cherchent à inventer ou réinventer des savoir-faire afin que chacun puisse fabriquer les objets qui lui sont nécessaires, d’une façon sobre en énergie et respectueuse de l’environnement. Cette démarche s’appuie sur le principe du « savoir libre », notamment au travers du site lowtechlab.org, qui recense les initiatives de basse technologie et propose des explications pour permettre au plus grand nombre de les réaliser.

Finalement derrière la démarche Low Tech, c’est surtout une façon d’analyser ses besoins primaires, de les revoir en y incluant un soupçon de sobriété.

Des exemples concrets d’initiatives low tech

En 2019, voyait le jour une initiative dans les environs de Concarneau, mettant en avant l’habitat low-tech. L’idée des deux porteurs du projets, mettre en pratique un ensemble de technologies basses  (marmite norvégienne, chauffe-eau solaire, réfrigérateur naturel, phyto-épuration, douche cyclique…) pour construire une maison bénéficiant de tout le confort moderne, sans la consommation énergétique habituelle. Au final, les deux porteurs font la preuve, qu’en revoyant simplement nos habitudes de consommation et en ré-analysant nos besoins, il est possible de vivre dans un habitat autonome en énergie et faisant état d’un très faible bilan carbone.

Parmi les postes d’énergie identifiés comme fortement consommateurs dans l’habitat,on retrouve le réfrigérateur. Or, pour bon nombre d’aliments, il est prouvé qu’en dessous de 12 degrés, ils perdent de leur saveur (fruit & légumes notamment). C’est sur ce constat que le projet Ground Fridge, voit le jour en proposant un réfrigérateur « lowtech ». L’idée est simple, enfouir une sorte de micro-conteneur isolé, permettant de se servir de la terre et de l’eau comme moyen de rafraîchir ses aliments. La température est maintenue naturellement autour des 10 ou 12 degrés, sans aucune consommation d’énergie. La seule condition, disposer d’un espace extérieur suffisant.

En restant dans le domaine de l’habitat, un designer a mis au point une machine à laver le linge à durée de vie illimitée, en l’ayant pensé dès l’origine comme étant réparable et améliorable tout au long de sa durée de vie : l’increvable. Une telle initiative permet de diminuer le nombre de déchets électroniques et électriques jetés chaque année, ou en tout cas de le pointer du doigt. Ce dernier serait de 14 à 24 kg par habitant en France.

 

Parce qu’il est impensable de se passer d’énergie aujourd’hui,  il faut revoir la façon de la créer. C’est en tout cas ce que pense l’entreprise lilloise Unéole, qui propose des éoliennes urbaines, silencieuses et éco-conçues. La startup propose en parallèle une plateforme d’énergie mixte mixant l’éolien et le solaire, permettant l’accès, en ville, à une énergie bon marché et propre.

 

Enfin, dans un tout autre registre, l’entreprise Voog développe un gouvernail à destination des piétons dans les centres urbains. Cette carte interactive, permet de manière très simple de s’orienter en se référant à un plan s’adaptant en fonction de la rotation du panneau. Une sorte de boussole augmentée, permettant de se passer de son smartphone sans perdre en qualité de service utile. Une manière de repenser l’usage et le recours systématique à des technologies parfois surdimensionnées pour le besoin qu’elles adressent.

Sans être exhaustives, ces initiatives de tout horizon démontrent qu’il existe des alternatives au modèle commun sans pour autant être la solution ultime à une ère technologique durable. Néanmoins, elles ont un point commun, le fait de mettre en évidence la nécessité de revoir ses besoins, sa façon de consommer en y intégrant une logique plus responsable. De simplement se questionner.

Low Tech, Sobriété numérique ou Les deux ?

Le 14 octobre dernier sortait un rapport du ShiftProject, sur l’impact écologique du numérique. L’objectif de ce rapport, sensibiliser aux usages d’un numérique plus responsable afin d’en garantir sa pérennité. De fait, le rapport met en évidence la croissance des systèmes (9% d’énergie consommé par an), basés sur des modèles économiques rentabilisant les volumes consommés et basés sur « l’économie de l’attention », sans considération pour leur impact écologique. En 2018, 10% de l’électricité mondiale était consacrée au numérique. Une électricité en majeure partie carbonée. Une des principales causes de cette expansion de notre consommation numérique ; le passage d’une culture de l’écrit à une culture de la vidéo.  A titre d’exemple, Netflix serait responsable d’autant d’émissions de gaz à effet de serre qu’un pays comme l’Espagne.

Un des conseils de ce rapport : sortir d’un usage compulsif du numérique pour se diriger vers un usage “piloté”. En d’autres mots, faire des choix technologiques, d’infrastructures, d’usage permettant d’en garantir les apports essentiels en proposant notamment de construire des outils permettant d’évaluer la pertinence des technologies connectées.

De fait, l’usage massif des nouvelles technologies implique également la question de leur production et donc de l’extraction des métaux rares nécessaire à leur fabrication. Une fois encore, une réflexion sur le besoin doit primer face aux objets connectés qui se généralisent, parfois sans réel fondement, à l’instar de la Samsung Welt, la ceinture qui vous indique quand vous prenez du poids…

 

Si cet exemple est parlant, il est loin d’établir une vérité, car il est aujourd’hui bien compliqué de décréter de l’utilité d’une chose plutôt qu’une autre sans entrer dans certaines considérations idéologiques. D’autant que ce qui est utile n’est pas forcément écologique, ce qui est durable pas forcément accessible.

 

Néanmoins, ces usages sont aujourd’hui bel et bien problématiques et le seront d’autant plus demain. Si les low tech sont une première manière de proposer un usage raisonné des technologies quotidiennes, répondant à certains besoins de base, elles s’intègrent dans une mouvance plus globale, celle d’une nécessaire sobriété numérique. Sans réel réflexion aujourd’hui, sans sensibilisation du public, sans éducation aux usages numériques et à leurs impacts, on se dirige vers un ancrage de pratiques potentiellement destructrices.

 

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